Nouvelles histoires extraordinaires

By Edgar Allan Poe

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avait qu'un seul dans le cachot.

Je vis tout cela indistinctement et non sans effort,--car ma situation
physique avait singulièrement changé pendant mon sommeil. J'étais
maintenant couché sur le dos, tout de mon long, sur une espèce de
charpente de bois très-basse. J'y étais solidement attaché avec une
longue bande qui ressemblait à une sangle. Elle s'enroulait plusieurs
fois autour de mes membres et de mon corps, ne laissant de liberté qu'à
ma tête et à mon bras gauche; mais encore me fallait-il faire un effort
des plus pénibles pour me procurer la nourriture contenue dans un plat
de terre posé à côté de moi sur le sol. Je m'aperçus avec terreur que la
cruche avait été enlevée. Je dis: avec terreur, car j'étais dévoré d'une
intolérable soif. Il me sembla qu'il entrait dans le plan de mes
bourreaux d'exaspérer cette soif,--car la nourriture contenue dans le
plat était une viande cruellement assaisonnée.

Je levai les yeux, et j'examinai le plafond de la prison. Il était à une
hauteur de trente ou quarante pieds, et, par sa construction, il
ressemblait beaucoup aux murs latéraux. Dans un de ses panneaux, une
figure des plus singulières fixa toute mon attention. C'était la figure
peinte du Temps, comme il est représenté d'ordinaire, sauf qu'au lieu
d'une faux il tenait un objet qu'au premier coup d'oeil je pris pour
l'image peinte d'un énorme pendule, comme on en voit dans les horloges
antiques. Il y avait néanmoins dans l'aspect de cette machine quelque
chose qui me fit la regarder avec plus d'attention. Comme je l'observais
directement, les yeux en l'air,--car elle était placée juste au-dessus
de moi,--je crus la voir remuer. Un instant après, mon idée fut
confirmée. Son balancement était court, et naturellement très-lent. Je
l'épiai pendant quelques minutes, non sans une certaine défiance, mais
surtout avec étonnement. Fatigué à la longue de surveiller son mouvement
fastidieux, je tournai mes yeux vers les autres objets de la cellule.

Un léger bruit attira mon attention, et, regardant le sol, je vis
quelques rats énormes qui le traversaient. Ils étaient sortis par le
puits, que je pouvais apercevoir à ma droite. Au même instant, comme je
les regardais, ils montèrent par troupes, en toute hâte, avec des yeux
voraces, affriandés par le fumet de la viande. Il me fallait beaucoup
d'efforts et d'attention pour les en écarter.

Il pouvait bien s'être écoulé une demi-heure, peut-être même une
heure,--car je ne pouvais mesurer le temps que
très-imparfaitement,--quand je levai de nouveau les yeux au-dessus de
moi. Ce que je vis alors me confondit et me stupéfia. Le parcours du
pendule s'était accru presque d'un yard; sa

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Text Comparison with Eureka

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_ L'espace embrassé par le grand astronome français est à celui embrassé par ma théorie, comme une bulle est à l'océan sur lequel elle flotte, et il ne fait pas, lui, Laplace, la plus légère allusion au _principe proposé précédemment,_ c'est-à-dire au principe de l'Unité pris comme source de tous les êtres,--le principe de la Gravitation n'étant que la Réaction de l'Acte Divin par lequel tous les êtres ont été irradiés de l'Unité.
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_ Il me semble que, pour obtenir l'effet en question, ainsi que les conséquences, les conclusions, les suggestions, les spéculations, ou, pour mettre les choses au pire, les simples conjectures qui en peuvent résulter, nous aurions besoin d'opérer une espèce de pirouette mentale sur le talon.
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une _cause première_ par la difficulté plus grande qu'il éprouve à concevoir une série infinie de causes.
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On a toujours, directement ou indirectement, admis,--au moins depuis la première aube de l'Astronomie intelligible,--que, s'il nous était possible d'atteindre un point donné quelconque de l'espace, nous trouverions toujours, de tous côtés, autour de nous, une interminable succession d'étoiles.
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et forme une partie du plan lui-même;--c'est-à-dire que nous avons tout droit de concevoir des différences continues, sur tous les points, d'avec l'unité et la simplicité du point originel.
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_ Ils tendent tous en ligne droite vers un centre, à cause de la sphéricité selon laquelle ils ont été lancés dans l'espace.
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_certain_ principe comme existant au delà de la loi de la Gravitation, aucune tentative n'a été faite pour définir ce qu'est particulièrement ce principe;--si nous exceptons peut-être quelques visées fantastiques qui le transportent dans le Magnétisme, dans le Mesmérisme, dans le Swedenborgianisme, ou dans le Transcendantalisme, ou dans tout autre délicieux isme de la même espèce, invariablement favorisé par une seule et même espèce de gens.
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Chaque atome est poussé vers le centre, parce que sur la ligne droite, qui s'étend de lui au centre et qui continue au delà jusqu'à la circonférence, se trouve un plus grand nombre d'atomes que sur toute autre ligne droite,--un plus grand nombre d'objets qui le cherchent, lui, atome individuel,--un plus grand nombre de satisfactions pour sa propre tendance à l'Unité,--en un mot, parce que dans la direction du centre se trouve la plus grande possibilité de satisfaction générale pour son appétit individuel.
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_--HISTOIRES EXTRAORDINAIRES.
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Uranus, tirant sa rotation des rotations combinées des fragments auxquels il devait sa naissance, comme nous l'avons expliqué pour le cas précédent, projeta alors successivement des anneaux, dont chacun, se brisant, se modela en lune.
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P.
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[1] Les corps projetés par le mode en question ont dû, comme on l'a vu, transformer la _rotation_ superficielle des globes, d'où ils tiraient leur origine, en une _révolution_ d'une vélocité égale autour de ces globes devenus centres distants; et la révolution ainsi engendrée continuera tant que la force centripète, qui est celle par laquelle le corps projeté gravite vers son générateur, ne sera ni plus ni moins grande que la force par laquelle il a été projeté, c'est-à-dire la vélocité centrifuge, ou, plus proprement, tangentielle.
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Au lieu du globe solide de cette planète, nous devons toutefois nous figurer une île stellaire ou collection lenticulaire d'étoiles; notre Soleil étant placé excentriquement, près du bord de l'île, du côté qui est le plus rapproché de la constellation de la Croix et le plus éloigné de celle de Cassiopée.
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De même que les étoiles clair-semées que nous voyons dans le Ciel général, quand nous détournons nos regards de la Galaxie, ne sont, en réalité, qu'une partie de la Galaxie elle-même, aussi intimement mêlées à elle qu'en aucun autre point où le télescope nous les montre à l'état le plus dense,--de même les nébuleuses éparpillées, que nous apercevons sur tous les points du firmament quand nous détournons nos yeux de la ceinture Universelle, doivent être considérées comme éparpillées seulement par la perspective et comme faisant partie intégrante de l'unique _Sphère_ suprême et Universelle.
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_ XII Dans la conduite de.
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qu'il existe un homme qui puisse faire entrer dans son cerveau la plus vague conception de l'intervalle compris entre une borne milliaire et sa plus proche voisine.
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Gardons d'oublier cela quand nous portons nos regards sur quelqu'une des étoiles les plus brillantes.
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Une chose est consistante en raison de sa vérité,--vraie en raison de sa consistance.
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_ Ainsi quand on proclama la diminution, progressive et régulière, observée dans l'orbite de la comète d'Encke, à chacune de ses révolutions autour de notre Soleil, les astronomes furent presque unanimes pour dire que la cause en question était trouvée,--qu'un principe était découvert, suffisant pour expliquer, physiquement, cette finale et universelle agglomération, à laquelle, déterminé par son instinct analogique, symétrique ou poétique, l'homme avait donné créance plus qu'à une simple hypothèse.
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Ce que tu appelles l'Univers n'est que l'expansion présente de son existence.