Nouvelles histoires extraordinaires

By Edgar Allan Poe

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le plus rare; et le passage
inoffensif d'une semblable visiteuse à travers les satellites de Jupiter
fut un point sur lequel on insista fortement, et qui ne servit pas peu à
diminuer la terreur. Les théologiens, avec un zèle enflammé par la peur,
insistèrent sur les prophéties bibliques, et les expliquèrent au peuple
avec une droiture et une simplicité dont ils n'avaient pas encore donné
l'exemple. La destruction finale de la terre devait s'opérer par le
feu,--c'est ce qu'ils avancèrent avec une verve qui imposait partout la
conviction; mais les comètes n'étaient pas d'une nature ignée,--et
c'était là une vérité que tous les hommes possédaient maintenant, et qui
les délivrait, jusqu'à un certain point, de l'appréhension de la grande
catastrophe prédite. Il est à remarquer que les préjugés populaires et
les vulgaires erreurs relatives aux pestes et aux guerres,--erreurs qui
reprenaient leur empire à chaque nouvelle comète,--furent cette fois
choses inconnues. Comme par un soudain effort convulsif, la raison avait
d'un seul coup culbuté la superstition de son trône. La plus faible
intelligence avait puisé de l'énergie dans l'excès de l'intérêt actuel.

»Quels désastres d'une moindre gravité pouvaient résulter du contact,
ce fut là le sujet d'une laborieuse discussion. Les savants parlaient de
légères perturbations géologiques, d'altérations probables dans les
climats et conséquemment dans la végétation, de la possibilité
d'influences magnétiques et électriques. Beaucoup d'entre eux
soutenaient qu'aucun effet visible ou sensible ne se
produirait,--d'aucune façon. Pendant que ces discussions allaient leur
train, l'objet lui-même s'avançait progressivement, élargissant
visiblement son diamètre et augmentant son éclat. À son approche,
l'Humanité pâlit. Toutes les opérations humaines furent suspendues.

»Il y eut une phase remarquable dans le cours du sentiment général; ce
fut quand la comète eut enfin atteint une grosseur qui surpassait celle
d'aucune apparition dont on eût gardé le souvenir. Le monde alors, privé
de cette espérance traînante, que les astronomes pouvaient se tromper,
sentit toute la certitude du malheur. La terreur avait perdu son
caractère chimérique. Les coeurs des plus braves parmi notre race
battaient violemment dans les poitrines. Peu de jours suffirent
toutefois pour fondre ces premières épreuves dans des sensations plus
intolérables encore. Nous ne pouvions désormais appliquer au météore
étranger aucunes notions _ordinaires_. Ses attributs _historiques_
avaient disparu. Il nous oppressait par la terrible _nouveauté_ de
l'émotion. Nous le voyions, non pas comme un phénomène astronomique dans
les cieux, mais comme un cauchemar sur nos coeurs et une ombre sur nos
cerveaux. Il avait pris, avec une inconcevable rapidité, l'aspect d'un
gigantesque manteau de flamme claire, toujours étendu à tous les
horizons.

»Encore un jour,--et les hommes respirèrent avec une plus grande
liberté. Il était évident que nous étions déjà sous

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