Nouvelles histoires extraordinaires

By Edgar Allan Poe

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terrible nuit m'ont quittée, et je n'entends plus ce bruit
insensé, précipité, horrible, pareil à _la voix des grandes eaux_.
Cependant mes sens sont effarés, Charmion, par la pénétrante perception
du _nouveau_.

CHARMION.--Peu de jours suffiront à chasser tout cela;--mais je te
comprends parfaitement, et je sens pour toi. Il y a maintenant dix
années terrestres que j'ai éprouvé ce que tu éprouves,--et pourtant ce
souvenir ne m'a pas encore quittée. Toutefois, voilà ta dernière épreuve
subie, la seule que tu eusses à souffrir dans le Ciel.

EIROS.--Dans le Ciel?

CHARMION.--Dans le ciel.

EIROS.--Oh! Dieu!--aie pitié de moi, Charmion!--Je suis écrasée sous la
majesté de toutes choses,--de l'inconnu maintenant révélé,--de l'Avenir,
cette conjecture, fondu dans le Présent auguste et certain.

CHARMION.--Ne t'attaque pas pour le moment à de pareilles pensées.
Demain nous parlerons de cela. Ton esprit qui vacille trouvera un
allégement à son agitation dans l'exercice du simple souvenir. Ne
regarde ni autour de toi ni devant toi,--regarde en arrière. Je brûle
d'impatience d'entendre les détails de ce prodigieux événement qui t'a
jetée parmi nous. Parle-moi de cela. Causons de choses familières, dans
le vieux langage familier de ce monde qui a si épouvantablement péri.

EIROS.--Épouvantablement! épouvantablement! Et cela, en vérité, n'est
point un rêve.

CHARMION.--Il n'y a plus de rêves.--Fus-je bien pleurée, mon Eiros?

EIROS.--Pleurée, Charmion?--Oh! profondément. Jusqu'à la dernière de nos
heures, un nuage d'intense mélancolie et de dévotieuse tristesse a pesé
sur ta famille.

CHARMION.--Et cette heure dernière,--parle m'en. Rappelle-toi qu'en
dehors du simple fait de la catastrophe je ne sais rien. Quand, sortant
des rangs de l'humanité, j'entrai par la Tombe dans le domaine de la
Nuit,--à cette époque, si j'ai bonne mémoire, nul ne pressentait la
catastrophe qui vous a engloutis. Mais j'étais, il est vrai, peu au
courant de la philosophie spéculative du temps.

EIROS.--Notre catastrophe était, comme tu le dis, absolument inattendue;
mais des accidents analogues avaient été depuis longtemps un sujet de
discussion parmi les astronomes. Ai-je besoin de te dire, mon amie, que,
même quand tu nous quittas, les hommes s'accordaient à interpréter,
comme ayant trait seulement au globe de la terre, les passages des
Très-Saintes Écritures qui parlent de la destruction finale de toutes
choses par le feu? Mais, relativement à l'agent immédiat de la ruine, la
pensée humaine était en défaut depuis l'époque où la science
astronomique avait dépouillé les comètes de leur effrayant caractère
incendiaire. La très-médiocre densité de ces corps avait été bien
démontrée. On les avait observés dans leur passage à travers les
satellites de Jupiter, et ils n'avaient causé aucune altération sensible
dans les masses ni dans les orbites de ces planètes secondaires. Nous
regardions depuis longtemps ces voyageurs comme

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Text Comparison with Eureka

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_ Il avait employé dans la composition de cet ouvrage ses plus subtiles et ses plus hautes facultés, dans leur plus parfait développement.
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J'ai maintenant sous les yeux», observez que c'est toujours la lettre qui parle, «j'ai maintenant sous les yeux un livre imprimé il y a environ mille ans.
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Ces fanatiques n'auraient-ils pas eu surtout quelque peine à déterminer par laquelle de leurs deux routes avait été atteinte la plus importante et la plus sublime de toutes leurs vérités, c'est-à-dire le fait de la gravitation? Cette vérité, Newton l'avait tirée des lois de Kepler.
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Toute l'Expérience la prouve,--toute la Philosophie l'admet.
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Voyons maintenant si les faits établis de la Gravitation newtonienne peuvent nous fournir, à _posteriori,_ quelques inductions légitimes.
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_ Cette vérité vitale est l'Unité, prise comme source du phénomène.
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» Je réponds que non-seulement j'ai parfaitement le droit de faire une telle supposition, mais que je n'aurais aucun droit d'en faire une autre.
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Aucune Réaction n'aurait pu avoir lieu; aucun mouvement vers l'Unité n'aurait pu se faire; aucune loi de gravitation n'aurait pu s'établir.
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Le résultat général de la tendance de chacun vers chacun étant une tendance de tous vers le centre, la marche générale de la condensation, ou le rapprochement, commence immédiatement, par un mouvement commun et simultané, avec la retraite de la Volition Divine; les rapprochements individuels ou coalescences--non pas fusions--d'atome à atome étant sujets à des variations presque infinies dans le temps, le degré et la condition, en raison de l'excessive multiplicité de rapports produite par les différences de forme qui caractérisaient les atomes au moment où ils se séparaient de la Particule Propre; produite également par l'inégalité particulière et subséquente de distance de chacun à chacun.
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La masse continue à tourner tout en se condensant.
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De quelque point de vue que nous la considérions, nous la trouvons _magnifiquement vraie.
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question, a été considérée comme un un fait positivement miraculeux; et qu'il y avait, même parmi les astronomes, une singulière disposition à attribuer cette merveille à l'agence directe et continue de Dieu, qui dans ce cas, disait-on, avait jugé nécessaire d'intercaler, à travers ses lois générales, une série de règles subsidiaires, dans le but de cacher à tout jamais aux yeux des mortels la splendeur, ou peut-être l'horreur de l'autre côté de la Lune,--de ce mystérieux hémisphère qui a toujours évité et doit toujours éviter la curiosité télescopique de l'homme.
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Quand nous regardons en haut ou en bas, c'est-à-dire quand nous jetons les yeux dans le sens de _Y épaisseur_ de la lettre, notre regard rencontre un moins grand nombre d'étoiles que lorsque nous jetons les yeux dans le sens de sa _longueur,_ ou le long d'une des trois.
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Chacun existe, à part et indépendant, _dans le sein de son Dieu propre et particulier.
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Cependant ce corps monstrueux vole positivement autour du Soleil avec une vitesse de 29,000 milles par heure, c'est-à-dire avec une rapidité quarante fois plus grande que celle d'un boulet de canon! On ne peut même pas dire que l'idée d'un tel phénomène fait tressaillir l'esprit, elle l'épouvante, elle le paralyse.
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à une distance moindre de dix-neuf quintillions et deux cents trillions de milles; mais, de tout ce que nous savions et de tout ce que nous savons maintenant, nous pouvons induire qu'il est peut-être à la distance représentée par le carré, le cube, ou toute autre puissance du nombre précité.
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En admettant que la chose soit telle qu'il le dit, nous ne pouvons nous empêcher de penser combien cette question: «Pourquoi les choses sont-elles ainsi?» serait cruellement embarrassante pour les philosophes _à priori.
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_ Les formes des groupes sont excessivement variées quand on les regarde accidentellement; mais par un examen plus minutieux, à travers de puissants télescopes, nous reconnaissons très-distinctement que la sphère est la forme dont ils se rapprochent le plus,--leur constitution étant en général en désaccord avec l'idée d'une révolution autour d'un centre commun.
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L'accroissement de vélocité prouvait, naturellement, une diminution de l'orbite, et les astronomes inclinaient fortement à croire à l'existence d'un éther, quand Lagrange vint à la rescousse.
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Pendant notre jeunesse, nous faisons trop clairement la distinction pour nous méprendre un seul instant.