Nouvelles histoires extraordinaires

By Edgar Allan Poe

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familles absentes.

À côté de lui, à la droite du président, était un gentleman avec des
grands bas blancs et un caleçon de coton. Tout son être était secoué
d'une manière risible par un tic nerveux que Tarpaulin appelait les
_affres_ de l'ivresse. Ses mâchoires, fraîchement rasées, étaient
étroitement serrées dans un bandage de mousseline, et ses bras, liés de
la même manière par les poignets, ne lui permettaient pas de se servir
lui-même trop librement des liqueurs de la table; précaution rendue
nécessaire, dans l'opinion de Legs, par le caractère singulièrement
abruti de sa face de biberon. Toutefois, une paire d'oreilles
prodigieuses, qu'il était sans doute impossible d'enfermer, surgissaient
dans l'espace, et étaient de temps en temps comme piquées d'un spasme au
son de chaque bouchon qu'on faisait sauter.

Sixième et dernier, et lui faisant face, était placé un personnage qui
avait l'air singulièrement raide, et qui, étant affligé de paralysie,
devait se sentir, pour parler sérieusement, fort peu à l'aise dans ses
très-incommodes vêtements. Il était habillé (habillement peut-être
unique dans son genre), d'une belle bière d'acajou toute neuve. Le haut
du couvercle portait sur le crâne de l'homme comme un armet, et
l'enveloppait comme un capuchon, donnant à toute la face une physionomie
d'un intérêt indescriptible. Des emmanchures avaient été pratiquées des
deux côtés, autant pour la commodité que pour l'élégance, mais cette
toilette toutefois empêchait le malheureux qui en était paré de se tenir
droit sur son siège, comme ses camarades; et, comme il était déposé
contre son tréteau, et incliné suivant un angle de quarante-cinq degrés,
ses deux gros yeux à fleur de tête roulaient et dardaient vers le
plafond leurs terribles globes blanchâtres, comme dans un absolu
étonnement de leur propre énormité.

Devant chaque convive était placée une moitié de crâne, dont il se
servait en guise de coupe. Au-dessus de leurs têtes pendait un squelette
humain, au moyen d'une corde nouée autour d'une des jambes et fixée à un
anneau du plafond. L'autre jambe, qui n'était pas retenue par un lien
semblable, jaillissait du corps à angle droit, faisant danser et
pirouetter toute la carcasse éparse et frémissante, chaque fois qu'une
bouffée de vent se frayait un passage dans la salle. Le crâne de
l'affreuse chose contenait une certaine quantité de charbon enflammé qui
jetait sur toute la scène une lueur vacillante mais vive; et les bières
et tout le matériel d'un entrepreneur de sépultures, empilés à une
grande hauteur autour de la chambre et contre les fenêtres, empêchaient
tout rayon de lumière de se glisser dans la rue.

À la vue de cette extraordinaire assemblée et de son attirail encore
plus extraordinaire, nos

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Text Comparison with Eureka

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Qu'on n'essaye pas, dis-je, d'avancer une pareille stupidité; car, d'abord, il n'y a pas de degrés dans l'impossibilité, et une conception impossible ne peut pas être plus particulièrement impossible que toute autre conception impossible; ensuite, M.
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_ Et si maintenant, par pur amour de la chicane, on objecte que, bien que mon point de départ soit, comme je l'affirme, la supposition de l'absolue Simplicité, cependant la Simplicité, considérée en elle-même, n'est point un axiome, et que les déductions tirées des axiomes sont les seules incontestables, alors je répondrai: Toute autre science que la Logique est une science de certains rapports concrets.
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Aucune Réaction n'aurait pu avoir lieu; aucun mouvement vers l'Unité n'aurait pu se faire; aucune loi de gravitation n'aurait pu s'établir.
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Les deux atomes sont rejoints par d'autres;--une aggrégation est formée.
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Cette planète fut Neptune.
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Tel est le principe de la Cosmogonie que j'essaye, avec toute la déférence nécessaire, de suggérer et de soutenir ici.
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En d'autres termes, _Y Electricité,_ avec ses phénomènes compliqués, chaleur, lumière et magnétisme, doit procéder comme procède la condensation, et, naturellement, en raison inverse de la [densité], c'est-à-dire la _cessation de la condensation.
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Devons-nous rapporter cette végétation à l'époque qui a suivi immédiatement l'émission de la planète Vénus? A cette époque a dû se produire pour nous la plus grande somme d'influence solaire, et cette influence a dû, dans le fait, atteindre alors son maximum; naturellement nous négligeons la période de l'émission de la Terre, qui fut sa période de simple organisation.
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A ceci je réponds-que la condition actuellement observée des corps condensés n'est pas non plus leur condition actuelle, mais une déjà obtenue dans le passé; de sorte que mon argument tiré de la condition _relative_ des étoiles et des nébuleuses n'est en aucune manière infirmé.
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E.
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notre système solaire comme fournissant un cas générique de ces agglomérations, ou, plus correctement, des conditions ultérieures auxquelles elles sont parvenues.
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Le plus grand de ces derniers n'occupe comparativement qu'un point dans l'espace et ne se laisse voir distinctement qu'à l'aide du télescope.
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que la Voie Lactée soit en réalité plus vaste que la moindre de ces nébuleuses.
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Si, avec un télescope d'une profonde puissance, nous examinons soigneusement le firmament, nous découvrirons _une ceinture de groupes,_ faite de ce que nous avons jusqu'à présent nommé des nébuleuses,--une _bande,_ d'une largeur variable, s'étendant d'un horizon à l'autre, et coupant à angle droit la direction générale de la Voie Lactée.
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Ma question, cependant, n'a pas encore trouvé sa réponse--Avons-nous le droit de supposer, ou plutôt d'imaginer une succession interminable de _groupes de groupes_ ou _d'Univers_ plus ou moins semblables? Je réponds que le _droit,_ dans un cas tel que celui-ci, dépend absolument de la hardiesse de l'imagination qui s'avise d'y prétendre.
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Je veux dire que pour une telle croyance nous possédons la meilleure base expérimentale; et qu'en reportant notre regard vers la disposition atomique originelle, ayant pour but la _diversité,_ que nous avons considérée comme étant une partie du plan divin dans la constitution de l'Univers, il nous deviendra facile de comprendre et d'admettre des disproportions, dans la grosseur des corps célestes, infiniment plus vastes qu'aucune de celles dont j'ai parlé jusqu'à présent.
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] XIV Si les propositions de ce Discours sont logiquement déduites, cette _condition de rapprochement progressif_ est précisément la seule dans laquelle nous puissions légitimement considérer toutes les choses de la création; et je confesse ici, avec une parfaite humilité, que, pour ma part, il m'est impossible de comprendre comment toute autre interprétation de la condition actuelle des choses a jamais pu se glisser dans un cerveau humain.
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_ Nous admettrons donc que l'Homme ne peut pas rester longtemps dans l'erreur, ni se tromper de beaucoup, s'il se laisse guider par son instinct poétique, instinct de symétrie, et conséquemment véridique, comme je l'ai affirmé.
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» Or, la définition même de l'Attraction implique la particularité, --l'existence de parties, de particules, d'atomes; car nous la définissons ainsi: tendance de chaque atome vers chaque autre atome, selon une certaine loi.
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_ Que l'irrévérence apparente de cette idée n'effarouche pas nos âmes et ne les détourne pas du froid exercice de la conscience,--de cette profonde tranquillité dans l'analyse de soi-même,--par lesquels seulement nous pouvons espérer d'arriver jusqu'à la plus sublime des vérités, et la contempler à loisir, face à face.