Nouvelles histoires extraordinaires

By Edgar Allan Poe

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qu'il excite, qu'il enlève l'âme, et la valeur
positive d'un poëme est en raison de cette excitation, de cet
_enlèvement_ de l'âme. Mais, par nécessité psychologique, toutes les
excitations sont fugitives et transitoires. Cet état singulier, dans
lequel l'âme du lecteur a été, pour ainsi dire, tirée de force, ne
durera certainement pas autant que la lecture de tel poëme qui dépasse
la ténacité d'enthousiasme dont la nature humaine est capable.

Voilà évidemment le poëme épique condamné. Car un ouvrage de cette
dimension ne peut être considéré comme poétique qu'en tant qu'on
sacrifie la condition vitale de toute oeuvre d'art, l'Unité;--je ne veux
pas parler de l'unité dans la conception, mais de l'unité dans
l'impression, de la _totalité_ de l'effet, comme je l'ai déjà dit quand
j'ai eu à comparer le roman avec la nouvelle. Le poëme épique nous
apparaît donc, esthétiquement parlant, comme un paradoxe. Il est
possible que les anciens âges aient produit des séries de poëmes
lyriques, reliées postérieurement par les compilateurs en poëmes
épiques; mais toute _intention épique_ résulte évidemment d'un sens
imparfait de l'art. Le temps de ces anomalies artistiques est passé, et
il est même fort douteux qu'un long poëme ait jamais pu être vraiment
populaire dans toute la force du terme.

Il faut ajouter qu'un poëme trop court, celui qui ne fournit pas un
_pabulum_ suffisant à l'excitation créée, celui qui n'est pas égal à
l'appétit naturel du lecteur, est aussi très-défectueux. Quelque
brillant et intense que soit l'effet, il n'est pas durable; la mémoire
ne le retient pas; c'est comme un cachet qui, posé trop légèrement et
trop à la hâte, n'a pas eu le temps d'imposer son image à la cire.

Mais il est une autre hérésie, qui, grâce à l'hypocrisie, à la lourdeur
et à la bassesse des esprits, est bien plus redoutable et a des chances
de durée plus grandes,--une erreur qui a la vie plus dure,--je veux
parler de l'hérésie de _l'enseignement_, laquelle comprend comme
corollaires inévitables l'hérésie de la _passion_, de la _vérité_ et de
la _morale_. Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est
un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience,
tantôt perfectionner les moeurs, tantôt enfin _démontrer_ quoi que ce
soit d'utile. Edgar Poe prétend que les Américains ont spécialement
patronné cette idée hétérodoxe; hélas! il n'est pas besoin d'aller
jusqu'à Boston pour rencontrer l'hérésie en question. Ici même elle nous
assiège, et tous les jours elle bat en brèche la véritable poésie. La
poésie, pour peu qu'on veuille descendre en soi-même, interroger son
âme, rappeler ses souvenirs d'enthousiasme, n'a pas d'autre but
qu'elle-même; elle ne peut pas

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Text Comparison with The Cask of Amontillado

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For the most part their enthusiasm is adopted to suit the time and opportunity--to practise imposture upon the British and Austrian _millionaires_.
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He will tell me--" "Luchesi cannot tell Amontillado from Sherry.
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" "And I to your long life.
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Its termination the feeble light did not enable us to see.
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The wall was now nearly upon a level with my breast.
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said-- "Ha! ha! ha!--he! he! he!--a very good joke indeed--an excellent jest.