Eureka

By Edgar Allan Poe

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la vitesse rotatoire, résultat de
la condensation, au point de nécessiter un troisième effort vers
l'équilibre, et qu'une bande annulaire, comme dans les deux cas
précédents, fut conséquemment lancée, qui, bientôt rompue par la
non-uniformité de ses parties, se consolida pour devenir la planète
Saturne. Cette dernière projeta d'abord sept bandes, qui, après s'être
rompues, se sphérifièrent en autant de lunes; mais elle paraît s'être
subséquemment déchargée, à trois époques distinctes et peu éloignées
l'une de l'autre, de trois anneaux dont la constitution se trouva, par
un accident apparent, assez uniforme et assez solide pour ne fournir
aucune occasion de rupture; aussi ils continuent à tourner sous la
forme d'anneaux. Je dis _accident apparent;_ car pour un accident
dans le sens ordinaire, il n'y en eut évidemment aucun; le terme ici
s'applique simplement au résultat d'une _loi_ indiscernable ou que nous
ne pouvons pas immédiatement étudier.

Se réduisant toujours de plus en plus, jusqu'à n'occuper que l'espace
circonscrit par l'orbite de Jupiter, le Soleil éprouva bientôt le
besoin d'un nouvel effort pour restaurer l'équilibre de ses deux
forces, perpétuellement dérangé par l'accroissement continu de la
vitesse de rotation. En conséquence Jupiter fut lancé hors du Soleil,
passant de la condition annulaire à l'état planétaire, et, arrivé à ce
second état, projeta à son tour, à quatre époques différentes, quatre
anneaux, qui finalement se transformèrent en autant de lunes.

Se rétrécissant toujours, jusqu'à ce que sa sphère n'occupât que juste
l'espace défini par l'orbite des Astéroïdes, le Soleil se déchargea
d'un anneau qui paraît avoir eu _huit_ centres de solidité supérieure,
et en se brisant, avoir produit huit fragments, dont pas un ne
possédait une masse assez considérable pour absorber les autres. Tous
conséquemment, comme planètes distinctes, mais comparativement petites,
se mirent à tourner dans des orbites dont les distances respectives
peuvent être, jusqu'à un certain point, considérées comme la mesure de
la force qui les a séparés;--toutes les orbites néanmoins se trouvant
assez rapprochées pour nous permettre de les considérer comme _une,_ en
comparaison des autres orbites planétaires.

Le Soleil, se réduisant toujours et ne remplissant plus que juste
l'orbite de Mars, se déchargea alors de cette planète par le mode
déjà si souvent décrit. Toutefois, puisqu'il n'a pas de lune, Mars
n'a pas pu engendrer d'anneau. En fait, une phase se produisait
dans la carrière du corps générateur, centre de tout le système. La
décroissance de sa nébulosité, qui était en même temps l'accroissement
de sa [densité et encore la décroissance de sa] condensation dont
résultait la constante rupture de l'équilibre, a dû, à partir de cette
époque, atteindre un point où les efforts pour le rétablissement de cet
équilibre ont été

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_ Il me semble que, pour obtenir l'effet en question, ainsi que les conséquences, les conclusions, les suggestions, les spéculations, ou, pour mettre les choses au pire, les simples conjectures qui en peuvent résulter, nous aurions besoin d'opérer une espèce de pirouette mentale sur le talon.
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Pour ma part,--continue le correspondant inconnu,--il me suffit d'y penser pour que je brûle d'un feu sacré, et je sens que je ne serai jamais fatigué de les entendre répéter; en terminant cette lettre, permettez-moi de jouir du plaisir de les transcrire une fois encore: «_Il m'importe peu que mon ouvrage soit lu maintenant ou par la postérité.
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Permettez-moi de répéter la définition de la gravitation: _Chaque atome, dans chaque corps, attire chaque autre atome, appartenant au même corps ou appartenant à tout autre corps,_ avec une force qui varie en raison inverse des carrés des distances de l'atome attirant et de l'atome attiré.
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naturellement plus d'atomes dans la direction du centre que dans toute autre direction; c'est donc dans ce sens qu'il est poussé, mais il n'y est pas poussé parce que le centre est _le point de son origine.
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Mais même dans l'égalité générale de distribution, en ce qui regarde les atomes, apparaît une difficulté qui, sans aucun doute, s'est déjà présentée à ceux de mes lecteurs qui croient que je suppose cette égalité de distribution effectuée par l'_irradiation partant d'un centre.
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Pour employer une phraséologie dont on pardonnera l'affectation apparente à cause de son énergie, nous pouvons dire que la Réaction est le retour de _ce qui est et ne devrait pas être_ vers _ce qui était originellement, et conséquemment devrait être;--_et j'ajoute que l'on trouverait toujours la force _absolue_ de la Réaction en proportion directe avec la réalité, la vérité, l'absolu du principe _originel,_ s'il était possible de mesurer celui-ci;--et conséquemment la plus grande de toutes les réactions concevables doit être celle.
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C'est simplement la _condition,_ et non le point ou le lieu où cette condition a pris naissance, que les atonies cherchent à rétablir;--ce qu'ils désirent, c'est simplement _cette condition qui est leur normalité.
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Ainsi nous regarderons l'action primitive comme une action tendant à l'établissement de ce que nous appelons maintenant _principes.
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Le développement de la Répulsion (Electricité) doit naturellement avoir commencé avec les premiers efforts particuliers vers l'Unité, et avoir marché constamment en raison de la Coalescence,--c'est-à-dire de la Condensation, ou, conséquemment, de l'Hétérogénéité.
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Supposons maintenant cette masse condensée à ce point qu'elle occupe précisément l'espace circonscrit par l'orbite de Neptune, et que la vélocité avec laquelle se meut, dans la rotation générale, la surface de la masse, soit précisément celle avec laquelle Neptune accomplit maintenant sa révolution autour du Soleil.
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Je m'explique:--Nous pouvons considérer comme démontrée la Loi newtonienne de la Gravitation.
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_ Avant les expériences de Maskelyne, qu'était donc la Loi de Gravitation? Une hypothèse.
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qu'il existe un homme qui puisse faire entrer dans son cerveau la plus vague conception de l'intervalle compris entre une borne milliaire et sa plus proche voisine.
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Mais si la simple surface de la Terre se refuse à l'étreinte de notre imagination, que penserons-nous de sa contenance évaluée par cubes? Elle embrasse une masse de matière équivalente au moins à un poids de deux undécillions et deux cents nonillions de tonnes.
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On se figure chaque groupe, dans le grand groupe de groupes, pourvu et construit d'une manière similaire; et en même temps, pour que l'analogie soit complète et ne fasse défaut en aucun point, on va jusqu'à concevoir tous ces groupes eux-mêmes comme tournant autour de quelque sphère encore plus auguste;--cette dernière à son tour, avec tous les groupes qui lui forment une ceinture, on croit qu'elle n'est qu'un des membres d'une série encore plus magnifique d'agglomérations, évoluant autour d'un autre globe qui lui sert de centre,--quelque globe encore plus ineffablement sublime, quelque globe, disons mieux, d'une infinie sublimité, incessamment multipliée par l'infiniment sublime.
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On pouvait dire: «Nous savons qu'il.
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Mais, jusqu'à présent, l'Astronomie et la Physique n'ont rien su trouver qui permette d'assigner une fin à l'Univers.
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La nouvelle genèse indiquée ne peut être qu'une des étapes vers cette Fin, un des ajournements encore nombreux.
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Chaque œuvre née de la conception Divine doit coexister et coexpirer avec le but qui lui est assigné; cela me semble évident, et je ne doute pas que la plupart de mes lecteurs, en voyant l'_inutilité_ de ce dernier globe de globes, acceptent ma conclusion: «Donc, il ne peut pas continuer d'exister.
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Toutes ces créatures, _toutes,_ celles que tu déclares sensibles, aussi bien que celles dont tu nies la vie pour la simple raison que tu ne surprends pas cette vie dans ses opérations,--_toutes_ ces créatures ont, à un degré plus ou moins vif, la faculté d'éprouver le plaisir ou la peine;--mais _la somme générale de leurs sensations est juste le total du Bonheur qui appartient de droit à l'Être Divin quand il est concentré en Lui-même.