Derniers Contes

By Edgar Allan Poe

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moitie de la longueur totale du corps.

"Cette horrible creature n'avait pas de bouche visible; mais, comme
pour compenser cette defectuosite, elle etait pourvue d'au moins
quatre-vingts yeux, sortant de leurs orbites comme ceux de la demoiselle
verte, alignes tout autour de la bete en deux rangees l'une au-dessus de
l'autre, et paralleles a la bande rouge-sang, qui semblait jouer le role
d'un sourcil. Deux ou trois de ces terribles yeux etaient plus larges
que les autres, et avaient l'aspect de l'or massif.

"Le mouvement extremement rapide avec lequel cette bete s'approchait de
nous devait etre entierement l'effet de la sorcellerie--car elle n'avait
ni nageoires comme les poissons, ni palmures comme les canards, ni ailes
comme la coquille de mer, qui flotte a la maniere d'un vaisseau: elle ne
se tordait pas non plus comme font les anguilles. Sa tete et sa queue
etaient de forme parfaitement semblable, sinon que pres de la derniere
se trouvaient deux petits trous qui servaient de narines, et par
lesquels le monstre soufflait son epaisse haleine avec une force
prodigieuse et un vacarme fort desagreable.

"La vue de cette hideuse bete nous causa une grande terreur; mais notre
etonnement fut encore plus grand que notre peur, quand, la considerant
de plus pres, nous apercumes sur son dos une multitude d'animaux a peu
pres de la taille et de la forme humaines, et ressemblant parfaitement
a des hommes, sinon qu'ils ne portaient pas (comme les hommes) des
vetements, la nature, sans doute, les ayant pourvus d'une espece
d'accoutrement laid et incommode, qui s'ajustait si etroitement a la
peau qu'il rendait ces pauvres malheureux ridiculement gauches, et
semblait les mettre a la torture. Le sommet de leurs tetes etait
surmonte d'une espece de boites carrees; a premiere vue je les pris pour
des turbans, mais je decouvris bientot qu'elles etaient extremement
lourdes et massives, d'ou je conclus qu'elles etaient destinees, par
leur grand poids, a maintenir les tetes de ces animaux fermes et solides
sur leurs epaules. Autour de leurs cous etaient attaches des colliers
noirs (signes de servitude sans doute) semblables a ceux de nos chiens,
seulement beaucoup plus larges et infiniment plus raides--de telle sorte
qu'il etait tout a fait impossible a ces pauvres victimes de mouvoir
leurs tetes dans une direction quelconque sans mouvoir le corps en meme
temps; ils etaient ainsi condamnes a la contemplation perpetuelle de
leurs nez,--contemplation prodigieusement, sinon desesperement bornee et
abrutissante.

"Quand le monstre eut presque atteint le rivage ou nous etions, il
projeta tout a coup un de ses yeux a une grande distance, et en fit
sortir un terrible jet de feu, accompagne d'un epais nuage

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Text Comparison with Eureka

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.
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_ Son plan se rapportait entièrement à la sensation.
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Nous dédaignons un résultat trop facile et trop vulgaire.
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De cette nécessité est résulté le mot _Infini,_ qui ne représente ainsi que _la pensée d'une pensée.
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L'esprit, nous dit-on, accepte l'idée d'un espace _illimité_ à cause de la difficulté plus grande qu'il trouve à concevoir celle d'un espace limité.
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Quoique la _tendance,_ immédiate et perpétuelle, des atomes dispersés à retourner vers leur Unité normale soit impliquée, comme je l'ai dit, dans leur diffusion anormale, toutefois il est clair que cette tendance doit être sans résultat,--qu'elle doit rester une tendance et rien de plus,--jusqu'à ce que la force d'expansion, cessant d'opérer, donne à cette tendance toute liberté de se satisfaire.
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De telles idées, de telles conceptions,--pensées monstrueuses qui ne sont plus des pensées, rêveries de l'âme plutôt que raisonnements ou même considérations de l'intellect,--de telles idées, je le répète, sont les seules que nous puissions réussir à créer en nous dans tous nos efforts pour saisir le grand principe de _l'Attraction.
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L'expression de la loi peut être ainsi généralisée:--Le nombre de molécules lumineuses, ou, si l'on préfère d'autres termes, le nombre d'impressions lumineuses, reçues par le plan mobile, sera en proportion _inverse_ des carrés des distances où sera situé le plan.
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En d'autres termes, le nombre d'atomes situés sur la surface d'une de ces couches concentriques quelconque est en proportion directe de l'étendue de cette surface.
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Les deux atomes sont rejoints par d'autres;--une aggrégation est formée.
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Cette dernière projeta d'abord sept bandes, qui, après s'être rompues, se sphérifièrent en autant de lunes; mais elle paraît s'être subséquemment déchargée, à trois époques distinctes et peu éloignées l'une de l'autre, de trois anneaux dont la constitution se trouva, par un accident apparent, assez uniforme et assez solide pour ne fournir aucune occasion de rupture; aussi ils continuent à tourner sous la forme d'anneaux.
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_ Certaines taches du firmament,.
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Elles régissent l'Univers.
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Et ici, une fois encore, observons que nous n'avons, jusqu'à présent, parlé que de bagatelles.
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La proportion entre un pied et cent cinquante-neuf a peut-être semblé suffisante pour donner une impression distincte de la proportion entre les deux distances, celle de la Terre au Soleil et celle d'Alpha Lyrse au même astre.
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L'effet ne réagit pas sur la cause; l'intention ne change pas son rapport avec l'objet.
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Prise dans ce sens, _la perfection du plan_ est, dans la réalité, dans la pratique, impossible à atteindre, simplement parce que la construction dont il s'agit est l'œuvre d'une intelligence finie.
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devenue apparente pendant la très-courte période de notre histoire astronomique, durant ce simple point, durant ce parfait néant de deux ou trois mille ans.
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De la part d'Herschell, il y a évidemment répugnance à supposer que les nébuleuses soient dans un état de rapprochement progressif.
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plus qu'en ton pouvoir propre,-d'étendre et d'accroître, d'une quantité positive, la joie de son Existence; mais, de même qu'il est en ta puissance d'étendre ou de concentrer tes plaisirs (la somme absolue de bonheur restant toujours la même), ainsi une faculté analogue a appartenu et appartient à cet Être Divin, qui ainsi passe son Éternité dans une perpétuelle alternation du Moi concentré à une Diffusion presque infinie de Soi-même.