Derniers Contes

By Edgar Allan Poe

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plus chaud enthousiasme, ou de reproduire avec la plus vivante
fidelite de description les formes, les sons, les odeurs, les couleurs
et les sentiments qui lui sont communs avec le reste de l'humanite,
celui-la, dis-je, n'aura encore aucun droit a ce divin nom de poete. Il
lui reste encore quelque chose a atteindre. Nous sommes devores d'une
soif inextinguible, et il ne nous a pas montre les sources cristallines
seules capables de la calmer. Cette soif fait partie de l'Immortalite de
l'homme. Elle est a la fois une consequence et un signe de son existence
sans terme. Elle est le desir de la phalene pour l'etoile. Elle n'est
pas seulement l'appreciation des Beautes qui sont sous nos yeux, mais un
effort passionne pour atteindre la Beaute d'en haut. Inspires par
une prescience extatique des gloires d'au dela du tombeau, nous nous
travaillons, en essayant au moyen de mille combinaisons, au milieu des
choses et des pensees du Temps, d'atteindre une portion de cette Beaute
dont les vrais elements n'appartiennent peut-etre qu'a l'eternite.
Alors, quand la Poesie, ou la Musique, la plus enivrante des formes
poetiques, nous a fait fondre en larmes, nous pleurons, non, comme
le suppose l'Abbe Gravina, par exces de plaisir, mais par suite d'un
chagrin positif, impetueux, impatient, que nous ressentons de notre
impuissance a saisir actuellement, pleinement sur cette terre, une
fois et pour toujours, ces joies divines et enchanteresses, dont nous
n'atteignons, _a travers_ le poeme, ou _a travers_ la musique, que de
courtes et vagues lueurs.

C'est cet effort supreme pour saisir la Beaute surnaturelle--effort
venant d'ames normalement constituees--qui a donne au monde tout ce
qu'il a jamais ete capable a la fois de comprendre et de sentir en fait
de poesie.

Naturellement, le Sentiment poetique peut revetir differents modes de
developpement--la Peinture, la Sculpture, l'Architecture, la Danse--la
Musique surtout--et dans un sens tout special, et fort large, l'art des
Jardins. Notre sujet doit se borner a envisager la manifestation du
sentiment poetique par le langage. Et ici qu'on me permette de dire
quelques mots du rythme. Je me contenterai d'affirmer que la Musique,
dans ses differents modes de mesure, de rythme et de rime, a en poesie
une telle importance que ce serait folie de vouloir se passer de son
secours,--sans m'arreter a rechercher ce qui en fait l'essence absolue.
C'est peut-etre en Musique que l'ame atteint de plus pres la grande fin
a laquelle elle aspire si violemment, quand elle est inspiree par le
Sentiment poetique--la creation de la Beaute surnaturelle. Il se peut
que cette fin sublime soit en realite de temps en temps atteinte
ici-bas. Il nous est arrive souvent

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Text Comparison with The Raven

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" Ah, distinctly I remember it was in the bleak December, And each separate dying ember wrought its ghost upon the floor.
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Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter, In there stepped a stately Raven of the saintly days of yore.
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" Then the bird said "Nevermore.
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" "Prophet!" said I, "thing of evil!--prophet still, if bird or devil!-- Whether Tempter sent, or whether tempest tossed thee here ashore, Desolate, yet all undaunted, on this desert land enchanted-- On this home by Horror haunted--tell me truly, I implore-- Is there--_is_ there balm in Gilead?--tell me--tell me, I implore!" Quoth the Raven, "Nevermore.
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" And the Raven, never flitting, still is sitting, still is sitting On the pallid bust of Pallas just above my chamber door; And his eyes have all the seeming of a demon's that is dreaming And the lamp-light o'er him streaming throws his shadows on the floor; And my soul from out that shadow that lies floating on the floor Shall be lifted--nevermore!.